samedi 10 juillet 2021

RAL N°135


1er semestre 2021


Hommage à Claude Vigée

Dossier thématique

« Horizons »


Theresia SCHÜLLNER : Schriftstele I


Theresia SCHÜLLNER : Schriftstele III


jeudi 27 mai 2021

RAL N°135


Éditorial & Sommaire du numéro

à paraître en juin 2021

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Hommage à Claude Vigée

Dossier thématique

« Horizons »


Zao Wou Ki - Ciel - 2004


ÉDITORIAL


Dans ce numéro, notre rubrique PATRIMOINE rend hommage à Claude Vigée (1921-2020) avec des textes réunis par Michèle Finck et Maryse Staiber. Les nombreuses contributions prennent les formes les plus diverses : tantôt elles proposent des études de l’œuvre de Vigée, tantôt elles témoignent de l’homme et de l’œuvre ou évoquent des souvenirs. D’autres auteurs ont choisi d’offrir des textes de création inédits, tous en libre résonance.

Pour accompagner notre hommage, nous publions dix photographies inédites dont cinq ont été réalisées par Claude Vigée lors de ses séjours en Alsace au cours de l’été 1953. Alfred Dott, ami proche de Claude Vigée, est l’auteur des cinq autres. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

Parmi les nombreux travaux réalisés à partir de manuscrits de Claude Vigée par Theresia Schüllner, une artiste plasticienne de Düsseldorf, nous en avons retenu quatre qui rythment l’ensemble.

Étant donné l’ampleur de l’hommage, ce numéro ne comporte que le dossier thématique HORIZONS et les NOTES DE LECTURE.

Il va sans dire que le numéro 136 de décembre 2021 reprendra tous les volets habituels de notre publication.

Nous vous souhaitons de passer un bel été, aussi serein que possible dans le contexte actuel. Nous espérons sincèrement être en mesure d’envisager dès que possible l’organisation d’une Assemblée Générale.

Maryse Staiber & Marie-Thérèse Wackenheim


Le site internet dédié à la revue, créé par Alain Fabre-Catalan qui en assure l’administration, rend compte de notre actualité littéraire. Les auteurs y trouveront les informations utiles concernant les thèmes abordés dans les prochains numéros. Le dossier thématique du numéro 136 de décembre 2021 s’intitulera GÉNIE DES LIEUX.


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SOMMAIRE


ÉDITORIAL

Theresia Schüllner : Schriftstele I    


PATRIMOINE : HOMMAGE À CLAUDE VIGÉE

Michèle Finck : Claude Vigée, le grand vivant : méditation autour

        du mot « vie » dans l’œuvre de Vigée    

Jean-Yves Masson : Tombeau de Claude Vigée   

Freddy Raphaël : Pour Claude, ces mots et cette mélodie (« nigoun »)

        que nous eûmes en partage   

Gabrielle Althen : Visitation   

Claire Hendrickx : L’école biblique de Bischwiller   

Jean-Michel Maulpoix : J’ai attendu la neige   

Aude Préta de Beaufort : Pour Claude Vigée : « le souffle errant de l’origine »

Jean-Paul Sorg : Les déambulations de Claude Strauss à dix-sept ans

        avec Maxime Alexandre, rue de la Mésange   

Claudine Helft : En hommage à Claude Vigée   

Charles Fichter : Vigée, poète de la Résistance   

François Lallier : Une arche de hasard   

Patrick Werly : Une expérience de lecture   

Yves Leclair : Lignes de myrrhe  

Irène Gayraud : Tout le paysage un peu renard  

Olivier Kachler : Ce cœur était le tien cratère  

Helmut Pillau : Versuch über den Trotz bei Claude Vigée  

Alain Fabre-Catalan : Dizains pour Claude Vigée  

Anthony Rudolf : En attendant la fin : le centenaire de Claude Vigée

        (traduction : Maryse Staiber)   

Laurence Breysse-Chanet : Le flot de mots rouges

Isabelle Raviolo : La splendeur du précaire

Liliana Orlowska : Souvenirs d’une première rencontre avec la poésie

        de Claude Vigée

Theresia Schüllner : Schriftstele II


Sébastien Labrusse : Un seul brin d’herbe

Alfred Dott : Ma rencontre avec Claude Vigée

Maryse Staiber : Wind, Kindheit (traduction : Claude Vigée)

Patrick Quillier : L’oreille éveillée par Claude Vigée

Michèle Finck : Sous le Rhin

Notices bio-bibliographies des contributeurs


Theresia Schüllner : Schriftstele III


HORIZONS

Anne-Lise Blanchard : Ciel sans compassion

Alain Fabre-Catalan : Lignes de fuite

André Ughetto : Horizons de mes enfances, horizon des événements

Emma Guntz : horizont

Françoise Urbain-Menninger : Les vignes de grand-père. 

        Ce soir le ciel est rose. Corbeille de fruits mûrs

Markus Manfred Jung : Corona. nebenenand. Missverständnis

Wendelinus Wurth : in de weltgschiicht rumtriiwe. Sisyphus

Eva-Maria Berg : horizont

Alexandre Burger-Bach : Que caches-tu donc sous ce sombre manteau ?

Richard Roos-Weil : Notes oubliées

Pierre Judide : D’horizon en horizon jusqu’au cœur du monde

Sophie Weill : Horizons lointains de temps anciens

Daniel Martinez : Traversée

Pierre Zehnacker : Ceux de quatorze. Comme un arbre.

        Des oiseaux et des songes. J’ai vu la mer

Karlheinz Kluge : Sonntag, 21. Januar 1945

Mathieu Hilfiger : Les fleurs chimériques

Victor Saudan : Centovalli

Yves Rudio : E Ziel odder e Grenz

Marie-Yvonne Munch : L’horizon s’étire

Daniel Zahno : Die Flamme. Der Korken. Kräuter

Arnoldo Feuer : Stage Harbor Lighthouse

Kza Han : Rayon d’horizon

Denis Leypold : Papier sur mer

Frédérique Laurent : À l’infini des horizons marins

Jutta v. Ochsenstein-Nick : Wortreich. Wandeln. Am Drehkreuz

Max Ahlau : Territoires

João Botelho : Chez mes grands-parents. Le jardin

Laurent Bayart : Ma terre en habits de lumière. Un printemps

        qui vous fait foi… dans le dos

Claude Vancour : Bischheim. Chemin-paix.  Quand les yeux tâtonnent.

        Langue, seconde devenue


Theresia Schüllner : Schriftstele IV

NOTES DE LECTURE


mardi 2 février 2021

RAL n°134


2ème semestre 2020

 
RÉSONANCE TU ÉNONCERAS

Le poème est le chuchotement d’un cri. L’ébruitement d’un secret. Au fond de lui, chantent les sirènes du silence. Il arrache l’invisible bâillon jeté sur le monde et donne la parole à l’indicible. Sa parole est allégée de toutes celles qu’il a effacées, mais augmentée de toutes celles auxquelles il a dû renoncer. Écrire un poème, c’est se taire davantage pour mieux dire. Alors il vient, chargé à bloc. Prêt à transmettre sa décharge. En lui, la parole tait plus qu’elle ne dit et elle agrandit le silence de sa résonance.

Le mot, sa profération, son intime résonance. Une prise éprise de son emprise. Écrire est un moyen d’entrer en résonance. Mot que l’on fredonne ou qui résonne, mais qui soudain nous éveille en plein rêve et nous dépose au milieu du ciel. Chaque mot doit s’effacer, céder la place au suivant pour résonner encore dans le corps qui le suit.

Pouvoir parler sans faire vibrer la voix. Être entendu, sans résonner dans une oreille. Tel est le prodige de l’écriture. Et son énigme. Au-delà du son parle une autre voix. C’est elle que je m’efforce d’entendre. La voix silencieuse de l’intime d’où naissent tous les chants. Cette voix n’est la voix de personne, mais elle le sait. C’est pourquoi elle peut devenir ma voix ou bien la tienne. La parole qui par écrit s’énonce invente une voix qui la prononce.

De nombreuses vies furent hantées et abîmées par le fardeau de quelques paroles, mais la vertu de quelques-unes en a également soutenu et éclairé bien d’autres. Le poids d’une parole. L’une brise, l’autre forge. L’une blesse, l’autre soigne. Prière ou malédiction. Promesse vivante ou arrêt de mort. Celle dont le plomb nous empoisonne et résonne encore dans cette chambre lointaine. Celle dont on voudrait se défaire, mais qui nous colle à l’âme. Celle qui allège et soulage. Celle qui soulève et se propage. Celle que l’on frotte entre les doigts pour en capturer l’effluve avant de la jeter comme un brin de lavande. Celle dont l’aile vibrante traverse le ciel d’un instant et nous indique la direction à suivre et celle, décisive, qui nous engage. Selon la balance, les mots ne pèsent rien ou sont plus lourds que le monde.  

N’être rien d’autre que ce jour limpide où résonne le chant du merle, où se balancent les branches du saule et glissent, sur l’aile du vent, tels d’infimes nuages ou des flocons de plumets, les fines aigrettes de pissenlits.

L’évidence rayonne en silence. Elle semble presque se moquer de nos tentatives, nos prétentions, nos aveuglements, nos tâtonnements. Elle paraît sourire de notre maladresse à la saisir ou simplement à l’accueillir. Elle rayonne en silence. 

La parole surgit et prend mille formes. Parfois une simple flèche vibre dans l’air. Parfois un long détour rend plus propice la clairière. 

Plus tard, on revient vers ces mots jetés en grande hâte, en vive conscience. Il se peut alors que l’on se trouve désemparé comme devant les membres disjoints d’un corps à rassembler pour lui redonner vie. Un long travail nous attend pour tenter de restituer et livrer ce qui nous fut donné en un instant.

Nommer. La pierre et le bois. La lumière et le son. Sentir. La lave et la sève. La chaleur et le sang. Ouvrir la grande armoire de silence où les mots rêvent qu’ils résonnent.

Un mot brusquement se détourne de la foule de ses semblables et vient vers nous, la main tendue.


P.S. Convenons-en, le concept de résonance redevient à la mode, son sens ne cesse d’étendre sa polysémie allant par analogie de la résonance acoustique à la résonance psychologique ou à la résonance magnétique nucléaire, sans parler de l’harmonie des sphères. Le mot lui-même résonne de sa propre résonance. Il fait vibrer l’air, le son, la voix, mais aussi l’esprit ou le cœur. Retentissement d’une cloche ou d’un événement vécu.

Retourner la résonance c’est deviner que l’écho précède la voix. Résonance de l’invisible dans le visible, du silence dans le mot, de la nuit dans la clarté. Les textes qui suivent nous invitent à vivre en résonance, car raisonner ne suffit pas.

Jacques Goorma


Sonia Delaunay - Prismes 1914


jeudi 17 décembre 2020

RAL n°134

 

Éditorial & Sommaire du numéro

à paraître en janvier 2021

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Dossier thématique

« Résonances »



Anselm Kiefer - Am Anfang / Au commencement - 2006


ÉDITORIAL



Au seuil de ces lignes, nous saluons la mémoire de Claude Vigée, membre d’honneur de notre revue, qui nous a quittés récemment. Un important hommage, coordonné par Michèle Finck et Maryse Staiber, lui sera dédié dans le numéro 135.

Pour le dossier PATRIMOINE, Charles Fichter propose une éclairante présentation du témoignage d’Eugène Jolas sur le Strasbourg des années vingt ainsi qu’une traduction inédite de quelques pages majeures extraites d’Eugène Jolas, Man from Babel / L’homme de Babel.

Jacques Goorma, invité à écrire la présentation du dossier thématique RÉSONANCES, a répondu magistralement et intitule sa contribution en jouant sur l’anagramme du mot : Résonance tu énonceras

Les rubriques VOIX MULTIPLES, CHRONIQUES et NOTES DE LECTURE complètent, comme d’habitude, ce numéro.

Notons la richesse du volet des chroniques comportant des présentations d’expositions majeures, tant en région que sur le plan national, mais aussi des études sur Maxime Alexandre, Jean-Paul de Dadelsen, Edward Thomas, Léon-Paul Fargue et Jean-Claude Walter.

Pour accompagner ce numéro, Catherine Wackenheim-Jacobs nous offre cinq photographies qui entrent librement en résonance avec le dossier thématique.

Nous espérons que, malgré la situation sanitaire difficile, vos fêtes de fin d’année ont été aussi sereines que possible et nous vous présentons nos vœux les plus sincères pour 2021.

Maryse Staiber & Marie-Thérèse Wackenheim

Le site internet dédié à la revue, créé par Alain Fabre-Catalan qui en assure l’administration, rend compte de notre actualité littéraire. Les auteurs y trouveront les informations utiles concernant les thèmes abordés dans les prochains numéros. Le dossier thématique du numéro 135 de juin 2021 s’intitulera HORIZONS.


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SOMMAIRE


ÉDITORIAL  

Catherine Wackenheim-Jacobs : Gibellina Nueva, Sicile  

PATRIMOINE 
Charles Fichter : Témoignage d’Eugène Jolas sur le Strasbourg
        des années vingt, entre surréalisme et autonomisme   
Eugène Jolas : Man from Babel / L’homme de Babel 
(traduction de l’anglo-américain : Charles Fichter)   

Catherine Wackenheim-Jacobs : Marais salants, Trapani, Sicile  

RÉSONANCES
Jacques Goorma : Résonance tu énonceras   
André Ughetto : Marches lentes. Notes du promeneur   
Emma Guntz / Wendelinus Wurth : Hall / Widerhall  
Fabrice Farre : Sauf  
Alain Fabre-Catalan : Échos et résonances  
Kza Han : Drei Nachtrufe. Gesang Nachgesang. Lichtbild vor dem Tor  
Michèle Finck : Un peu de mer / Ein wenig Meer  
        (Übersetzung : Maryse Staiber)   
Anne-Lise Blanchard : Est-ce l’été qui déjà   
Eva-Maria Berg : nach der windstille  
Jean-Claude Walter : Deux ou quatre notes  
Gilles Marie : Études  
Karlheinz Kluge : Kopernikus in Frauenburg  
Denis Leypold : Orgue, ta colère  
Pierre Judide : Lumière d’Orphée  
Claudia Scherer : resonanz. gespräch über Auschwitz. o ungemeines heute  
François Debuiche : L’aiguillage du son  
Wendelinus Wurth : widerhall   
Jean-Paul Sorg : Colchiques   
Anie Melka : Raisonances   

Catherine Wackenheim-Jacobs : Marais salants, Trapani, Sicile  

VOIX MULTIPLES
Daniel Martinez : Comme les senteurs de la nuit l’odeur des racines   
Emma Guntz : Buchellesen  
Laurence Muller : Je viens du feu de la terre travaillée  
Claude Vancour : Poèmes du Covid. Brisach  
Elias Levi Toledo : conscience. nouveau  
Pierre Zehnacker : Refus du poète. Une figure lointaine. Ébauche  
Sophie Weill : Vint un temp. Nous  
Martine Blanché : Soultzmatt. Hohlandsbourg
Marie-Yvonne Munch : Le froid du matin me tient tête
Michael Benaglio : Zukunft
Arnoldo Feuer : While translating Robert Rehder. La vacance du
traducteur. D’un bord l’autre. Matriochka
Helmut Pillau : Katherines Käsekuchen
Gerda Mucker-Frimmel : Wasser. Die Stille
René Heyer : Assolement

Catherine Wackenheim-Jacobs : Centre Pompidou Metz

CHRONIQUES
Vincent Wackenheim : L’emballeur et l’emballé.
        Exposition Christo et Jeanne Claude au Musée Würth d’Erstein
Jean-Claude Walter : Réinventer la peinture : Edward Hopper
Liliana Orlowska : Piet Mondrian (1872-1944) : une quête ininterrompue.
        Turner, peintures et aquarelles au Musée André-Jacquemart, Paris
Jean-Paul Sorg : Cabrioles alsaciennes (suites).
        En souvenir de Maxime Alexandre (1899-1976)
Helmut Pilau : Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957).
        Bereitwerden für das Unvorhersehbare
Vladimir Fišera : Poésie anglaise : Edward Thomas
Jean-Claude Walter : Léon-Paul Fargues, le citadin
Marie-Hélène Schreiber : Sur la poétique de Jean-Claude Walter

Catherine Wackenheim-Jacobs : Arcades du Palais Royal

NOTES DE LECTURE

mercredi 4 novembre 2020

RAL n°134


REPORT DU NUMÉRO EN COURS


La parution du numéro 134 "Résonances" est reportée à une date ultérieure compte tenu de la situation sanitaire et du confinement. Pour ces mêmes raisons, nous n'avons pu réunir l'Assemblée Générale de notre association portant sur l'exercice 2019.

Pour votre information, le prochain numéro 135 prévu pour le 1er semestre de l'année 2021 comportera un hommage au poète Claude Vigée, coordonné par Michèle Finck et Maryse Staiber. Le dossier thématique de ce numéro aura pour thème "Horizons".



Anne-Marie Jaccottet, aquarelle et crayon


samedi 5 septembre 2020

RAL n°133



1er semestre 2020


LA PASSION DES IMAGES


Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion).
Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu

L’image dans sa singularité, entre leurre et présence, n’est pas seulement ce qu’offrent à notre regard la peinture, la sculpture et l’ensemble des arts visuels, elle est ce lien indéfectible à l’imagination et à l’imaginaire qu’implique tout projet de création, de sorte que la rencontre d’une œuvre qui nous arrive comme par surprise peut sembler au premier abord plus satisfaisante par la magie de l’impression de réalité qu’elle nous procure. Autant que châteaux de sable se révèlent pourtant les images, quel que soit l’imagier. Aussi sincère soit-il, il feint d’ignorer la finitude des choses croyant s’en délivrer, dans son théâtre d’ombres ne nous laissant entrevoir qu’une chambre close, la célèbre camera oscura où se diffracte en une infinité de particules lumineuses l’esquisse d’un monde inatteignable, sinon sous les traits d’une image sans cesse recomposée. Comme l’écrit Gaston Bachelard, « une simple image, si elle est nouvelle, ouvre un monde », mais il n’en demeure pas moins que « vu des mille fenêtres de l’imaginaire, le monde est changeant ».

Il y a cependant dans l’image quelques desseins qui se font jour, l’espérance d’une présence, cette marque le l’immédiat qui ne s’offre à nous que dans la mesure où il nous échappe. À son approche à travers l’image et ses séductions, l’immédiat ne s’éprouve que par la fuite même vers ce qui nous en éloigne à chaque instant. Seule la traversée de l’image et de ses vertiges pourrait nous conduire vers le sensible, cette fenêtre ouverte sur l’échappée du réel dont un simple feu de signes vient éclairer l’ardeur.

Parole incarnée dans un corps et dans une circonstance, si la voix du poème nous rend présent un monde que nous ne pouvons pas voir mais que nous sommes invités à partager, à faire nôtre, au moment où nous sommes interpelés par la justesse de cette parole qui nous atteint et nous retient dans l’ici-maintenant, elle rejoint la fugacité native des images qui ne naissent que pour disparaître et nous laissent à proprement parler tout à imaginer. C’est sur ce fond d’invisible que s’inscrit le poème qui d’une certaine manière ne fait que répondre à l’appel d’un pays perdu, puisant aux sources de l’expérience sensible, sans pour autant chercher à en donner des images fidèles, il tend par l’invention de formes inédites à faire en sorte que dans sa trame la plus intime, la musique même du langage devienne pour chacun un lieu et une présence.

Si la pratique surréaliste de l’image a marqué les mouvements artistiques de l’entre-deux guerres, le recours à l’image devenu rapidement systématique a contraint le poème à se projeter en avant de lui-même, cherchant dans son irruption une coïncidence avec le monde, au nom de la transparence déclarée de l’image et du langage, alors qu’il n’en est que le miroir déformant toujours à la recherche d’une nouvelle image, faisant du monde un vaste et infini palimpseste. À mesure que l’horizon surréaliste s’est éloigné, l’omniprésence de l’image remise en question a révélé paradoxalement que derrière la fascination qu’elle exerçait, elle empêchait de voir que notre relation au monde se constitue avant tout à travers le langage et qu’en définitive l’illusion surréaliste de l’image aliène le désir qui la nourrit, tel un rêve qui finit par nous couper du monde.

Ainsi l’imaginaire qui ne cesse de nous habiter ne devrait-il être qu’un point de contact reliant la réalité et le langage, le monde n’étant jamais donné ni joué d’avance. Son approche sensible à travers « le culte des images » revendiqué par Baudelaire ne saurait nous faire oublier qu’il ne s’agit là que d’une voie d’accès à cette sorte d’illumination, d’expérience saisissante qui soudain dans le son d’un mot nous fait entendre la présence des choses, quand s’entrouvrent les portes du langage et que résonnent le rythme et l’écho lointain de quelque parole d’où s’éveille la rumeur des instants disparus et pourtant si proches de notre existence présente. Le poème aussi bien que le tableau ou la sculpture sont peuplés d’apparitions, objets épars de la vision, nés d’un désordre de mots qui s’assemblent sur la page ou de signes élucidés dans la turbulence de l’air, passeurs obstinés déchirant le voile qui enveloppe le monde dans son mutisme originel. Atteindre ce que nous nommons le visible, c’est avancer dans une forêt de signes, là où le regard se construit loin des images aveuglantes, c’est parcourir un long chemin d’exil à travers ce leurre que représente l’image, comme une invitation à déchiffrer les strates d’une écriture qui creuse la lumière de son empreinte, vers cet illimité où l’agencement des matières fait de la trace l’exacte image du monde dans son habitation poétique.

Alain Fabre-Catalan


Zao Wou-Ki - Untitled, 1961

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PRÉSENCE D’ANNE-MARIE SOULIER


      Pour nous, les membres du Comité, Anne-Marie Soulier est surtout une amie, un sourire, une source d’inspiration et d’idées – en un mot, une présence. Et maintenant, cette présence nous manque.
Rappelons tout d’abord quelques éléments biographiques. Née à Lunéville en 1945, Anne-Marie Soulier a longtemps vécu à l’étranger (Algérie, Allemagne, Angleterre, Norvège) avant de s’installer à Strasbourg, où elle a occupé un poste de Maître de Conférence d’anglais à l’Université. Après son départ à la retraite, elle a assuré des cours d’anglais en Chine à l’Université de Hangzhou de septembre 2007 à janvier 2008 et y a tenu le blog Marcopolette. 
Outre son activité créatrice d’auteure et de traductrice, il faut relever son fort engagement dans des associations à vocation culturelle. Active au sein du bureau de l’association Ouï Lire, fondée par Paul Schwartz, elle en a assuré la présidence de 2011 à 2016.
Présente en tant que poète dès le numéro 25 (février 1989) de la Revue alsacienne de littérature, Anne-Marie figure régulièrement au sommaire par des présentations de nos dossiers thématiques, des créations poétiques ainsi que des traductions, notamment du norvégien. Elle a rejoint notre Comité de rédaction au printemps 2004 et par la suite assuré la fonction de Secrétaire générale.
Notre sélection de textes reflète sa présence essentielle en tant qu’auteure et traductrice du norvégien. Par ailleurs, nous avons tenu a republier L’Outre-pays, sa dernière contribution parue dans le numéro 131 de notre revue.
Le rayonnement d’Anne-Marie Soulier dépasse largement le cadre régional. Ses textes ont été publiés dans de nombreuses revues françaises et étrangères, notamment Décharges, Friches, Jalon, L’Arbre à Paroles, Autre Sud.
Elle est également l’auteure de nombreux recueils poétiques dont Lieux Dits, Après Guerres (2002), Dire Tu (2003), Je construis mon pays en l’écrivant suivi de Carnets de doute et autres malentendus (2007), livres d’artistes avec le plasticien Germain Roesz. Pour une présentation plus complète, nous renvoyons au site des éditions érès qui ont publié ses traductions du norvégien, notamment Hanne Bramness, Le Poids de la lumière, volume in extenso, éditions ères, 2018. 
La dernière traduction réalisée par Anne-Marie Soulier du recueil Sigd (La Serpe) de la poétesse norvégienne Ruth Lillegraven paraîtra aux éditons Lanskine.

jeudi 2 juillet 2020

RAL n°133


Éditorial & Sommaire

du numéro à paraître en septembre 2020

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Dossier thématique

« Images et imaginaires »


Duy Huynh - En attendant l'envol


ÉDITORIAL


Le dossier PATRIMOINE prend ici la forme d’un hommage à Anne-Marie-Soulier qui nous a quittés le 24 janvier 2020. Quelques-uns de ses amis lui consacrent des pages pour évoquer sa présence et son rayonnement. Nous proposons un choix de ses textes de création ainsi que ses traductions du norvégien parus dans notre revue.

Six photographies prises par Anne-Marie Soulier entre septembre 2007 et janvier 2008 durant son séjour en Chine, où elle a enseigné l’anglais à l’Université de Hangzhou, ponctuent ce numéro.

Comme on pouvait s’en douter, la thématique IMAGES ET IMAGINAIRES a remporté l’adhésion de nombreux auteurs qui l’ont traitée de diverses façons.

Les volets VOIX MULTIPLES, CHRONIQUES et NOTES DE LECTURE viennent, comme d’habitude, enrichir ce numéro. Notons que les Chroniques des arts présentent, sous la plume de Vincent Wackenheim, L’échappée belle de Jean-Claude Walter et Jean Claus, ainsi qu’un compte-rendu de l’exposition parisienne, Jules Adler, peintre du peuple par Liliana Orlowska. Nous attirons tout particulièrement l’attention de nos lecteurs sur la contribution inédite de Freddy Raphaël intitulée La trame bigarrée et pourtant unie du ydich-alsacien.

En raison de la situation particulière, le numéro 133 ne vous est livré qu’en septembre. Pour les mêmes raisons, nous ne sommes pas en mesure de vous signaler dès à présent la date de notre Assemblée Générale, mais ne manquerons pas de vous en informer par courrier dès que possible.

Maryse Staiber & Marie-Thérèse Wackenheim

Le site internet dédié à la revue, créé par Alain Fabre-Catalan qui en assure l’administration, rend compte de notre actualité littéraire. Les auteurs y trouveront les informations utiles concernant les thèmes abordés dans les prochains numéros. Le dossier thématique du numéro 134 de décembre 2020 s’intitulera RÉSONANCES.


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SOMMAIRE


Anne-Marie Soulier : Le pin                                                              

ÉDITORIAL                                                                                    

Anne-Marie Soulier : Intérieur ancien                                            

PATRIMOINE
Présence d’Anne-Marie Soulier                                                         
Germain Roesz : Pour Anne-Marie Soulier. Germain sait ça aussi                
Emma Guntz : Für Anne-Marie                                                 
Yves-Jacques Bouin : Douce puissance des nuages                               
Textes de création d’Anne-Marie Soulier                                
Traduire l’aura. Avec le temps. Cherchez, nomades
            Polyphonies. Beauté des laids, bonté des fous. L’outre-pays
Traductions du norvégien par Anne-Marie Soulier                 
Hanne Bramness : Vekta av lyset / Le poids de la lumière.
Hvem ser deg / Qui te voit. Ringene / Les anneaux
Olav H. Hauge : Ofelia / Ophélie
Øyvind Rimbereid : Light my fire
Torild Wardenær : Gudinnerapport V / Rapport de déesse V

Anne-Marie Soulier : Le Lac de l’Ouest                                               

IMAGES ET IMAGINAIRES
Alain Fabre-Catalan : La passion des images                               
Dominique Sorrente : Pour cette fois. L’advenue.                                
Histoire à réciter par cœur
Jean-Paul Sorg : Sous le Pont du Corbeau                                             
Michèle Finck : À l’image cinématographique                                
Emma Guntz : An(ge)sicht                                                     
André Ughetto : Chat au secret. Bird-man. La vie physique            
Michael Benaglio : Rufe in blauem Schleier                                  
Alain Fabre-Catalan : Imaginaire des saisons                               
Marlyne Bertoncini : Toiton                                                     
Claude Vancour : Le printemps de personne                                  
Mathieu Hilfiger : Le nid d’aigle                                                      
Eva-Maria Berg : der phantasie bilder geben                                 
Arnoldo Feuer : Humanité depuis la passerelle.                           
            Poème né dans le brouillard
Pierre Judide : L’image, le verbe et le mystère                                 
Kza Han : Gitternetz. Höhenwinkel                                              
Gilles Marie : Cachettes et refuges                                                          
Victor Saudan : Printemps / Triyptychon                                                   
Claudia Scherer : Seherin – Sich vorstellen den Schmerz                  
Laurent Grison : Espérance / Hoffnung                                                   
            Traduction : Eva-Maria Berg
Jutta v. Ochsenstein : Für einen Dichter. Für eine Malerin.             
Warten. Haiku                                                
Daniel Martinez : Le corps clairvoyant
Wendelinus Wurth : Imaginär                                                           
Roland Goeller : La grande roue                                                                    
Alix Lerman-Enriquez : Imaginaire                                                   
Marie-Yvonne Munch : Images… Imaginaires                                
Markus Manfred Jung : dä nebel / dieser nebel                                
Gerda Mucker-Frimmel : Wie lange ?                                           
Laurent Bayart : Images et imaginaires                                          

Anne-Marie Soulier : Forêt de bambous

VOIX MULTIPLES
Pierre Zehnacker : L’accalmie. Saveur des songes. Dans le jardin                       
Karlheinz Kluge : Schwarze Wimpel. Traum und Erinnerung                 
Lucian Blaga : Les omniscientes. Ville dans la nuit. La colombe.             
            La source (traduit du roumain par Ioana Raluca Petrescu)
Sylvie Le Scouarnec : Maria. Pina                                                     
Yves Rudio : März 2020                                                                   
Yvan de Monbrison : Poème du sept janvier deux mille vingt                  
Michael Benaglio : Murmeltiere. Wolfnacht                                          
Hervé Martin : D’ombres et de feuillages                                                          
Sophie Weill : Dialogue. La joie de vivre                                                          
Claude Vancour : Chant contraint, le 2 avril de l’an 1 du cantonnement    
Gerda Mucker-Frimmel : Verschlafen den Mond ?                              
Problem des Mond-Astronauten. Licht
Valère Kaletka : Blanc. Grège. Noir                                                    
Marie-Yvonne Munch : Haïkus                                                         
Annick Roschi : La tulipomania                                                                    
Herbert G. Pedit : Augenblicke                                                                     

Anne-Marie Soulier : Le kiosque                                                       

CHRONIQUES
Vincent Wackenheim : Jean-Claude Walter et Jean Claus.                              
 L’échappée belle
Liliana Orlowska : Jules Adler, peintre du peuple                                             
Freddy Raphaël : La trame bigarrée et pourtant unie du ydich-alsacien              
Jean-Paul Sorg : De quelques cabrioles alsaciennes en littérature
Helmut Pillau : Inkonsequenz als Segen. Zu einer Begegnung
             von Claude Vigée und Peter Szondi

Anne-Marie Soulier : Écritures

NOTES DE LECTURE


Joan Miro - Paysage - 1922