La revue


REVUE ALSACIENNE DE LITTÉRATURE
ELSÄSSISCHE LITERATURZEITSCHRIFT


Revue fondée par Auguste Wackenheim, dirigée par lui de 1983 à 1996, puis par Adrien Finck de 1997 à 2007. Elle est éditée par l’Association des Amis de la Revue Alsacienne de Littérature, avec le soutien de la Fédération du Crédit Mutuel, du Conseil Régional d’Alsace et du Conseil Général du Bas-Rhin.

Adresse postale                            Les Amis de la Revue Alsacienne de Littérature
                                                     B.P. 30210
                                                     67005 STRASBOURG CEDEX
Courriel                                        ral@noos.fr
Blog                                              http://www.larevue-ral.blogspot.fr

Comité de rédaction                     Laurent Bayart, Alain Fabre-Catalan,
                                                     Jacques Goorma, Gaston Jung,
                                                     Paul Schwartz, Anne-Marie Soulier,
                                                     Maryse Staiber, Marie-Thérèse Wackenheim,
                                                     Jean-Claude Walter, Patrick Werly.

Membre correspondant                Karlheinz Kluge
Membre d'honneur                       Claude Vigée

Directrice de la publication          Maryse Staiber, Présidente de l’association

Vice-Présidents                            Jacques Goorma, Paul Schwartz

Secrétaire générale                       Anne-Marie Soulier

Trésorière                                     Marie-Thérèse Wackenheim
Réalisation                                    Maryse Staiber, Marie-Thérèse Wackenheim

Dépôt légal                                   Juin 2012
Impression                                    IREG Strasbourg
                                                     ISSN 0752 - 188X




La revue est le forum de notre vie littéraire en triphonie : français, allemand dialectal et haut-allemand. Son esprit peut se résumer par la formule « défense et illustration » d'une identité ouverte. Elle affirme sa spécificité régionale pour d'autant mieux assurer sa vocation transfrontalière, notamment dans l'espace rhénan.

La revue est semestrielle, chaque livraison (juin et décembre) comporte 144 ou 152 pages. Elle accueille la création littéraire dans toute sa diversité et est attachée à sa vocation médiatrice. Les principaux auteurs de la région s'y expriment ; elle est également ouverte aux voix nouvelles et accueille volontiers des premières publications. Par ailleurs, la revue fait appel à des écrivains sur le plan national et international, tout en accordant une place à la traduction littéraire. Chaque numéro comporte les volets suivants : PATRIMOINE, DOSSIER THÉMATIQUE, VOIX MULTIPLES, CHRONIQUES, NOTES DE LECTURE. La revue participe aux manifestations culturelles de la région, notamment aux « Poétiques de Strasbourg ». Elle bénéficie de soutiens publics : Conseil Régional d'Alsace, Conseil Général du Bas-Rhin.

Die Zeitschrift veröffentlicht Texte in den drei Sprachen – Französisch, Hochdeutsch, Dialekt – von regional, überregional und international bekannten Autoren. Andere Sprachbereiche (Englisch, Spanisch…) sind dank Übersetzungen vertreten und betonen die kulturelle Aufgeschlossenheit unserer Revue. Chroniken und Rezensionen dokumentieren die literarische Aktualität in dieser offenen grenzüberschreitenden Perspektive.

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Quelques échos critiques
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Revue Alsacienne de Littérature n°123 - juin 2015

Lucien Wasselin - Recours au Poème



L'Alsace compte trois langues : le français, l'allemand et l'alsacien (la langue régionale majoritaire, proche de l'alémanique). La Revue Alsacienne de Littérature publie des textes rédigés dans les trois langues : c'est là son intérêt principal, pour dire les choses abruptement.

La première partie est consacrée à la cathédrale de Strasbourg dont on fête en 2015 le millénaire. Si la préface de l'évêque JP Grallet, reprise de l'ouvrage La Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg / 1000 ans de Parole n'apprend rien de nouveau (la cathédrale comme moyen de "suppléer l'ignorance de l'écriture et de la lecture du plus grand nombre" - d'où cette expression du titre, 1000 ans de Parole, dont on remarquera le P majuscule…), certains des poèmes ont de quoi surprendre le lecteur : celui de Jean Arp et celui d'Yvan Goll. Mais pas celui de Paul Claudel dont on connaît l'attachement à la religion chrétienne. Arp a laissé en tant que poète le souvenir d'une personnalité marquée fortement par le dadaïsme et le surréalisme de son temps, caractéristique qu'on ne retrouve pas dans La Cathédrale est un cœur. Quant à celui d'Yvan Goll, il est ici publié dans la version de la Revue du Rhin (août 1939) différente de celle qui sera reprise dans le recueil Jean sans Terre (qui isole les quatrains et supprime les douze vers de la fin). Mais, le plus grand étonnement vient de la ferveur chrétienne de Jean sans Terre alors qu'Yvan Goll dans ce recueil exprime sa solitude de juif errant balloté entre deux cultures ; si ce poème est intéressant, l'isoler peut donner une image fausse de l'œuvre et du poète…

Peu de choses à dire de la deuxième partie, « Jeux », qui regroupe poèmes et textes de réflexion sur le jeu. Ne connaissant parmi les idiomes utilisés dans ce n°, que le français, je ne me bornerai qu'à cette remarque : un vers réduit au mot et n'est pas un vers ! Ceci dit, le lexique d'Anne-Marie Soulier, le texte en prose de Jean-Paul Sorg et la présentation de quelques types de jeu de Marc Chaudeur ne manquent pas d'intérêt…

De la troisième partie, « Voix multiples » je retiens le poème de Maryse Renard (Mots à la dérive) qui, placé sous le signe de Jules Laforgue peint la tristesse des promenades des internes d'un lycée et qui, par la répétition de certains vers, fait lointainement penser au pantoum. Une voix que je découvre, une voix à suivre. Ceux de Daniel Martinez qui visent juste. Les haïkus de Danièle Faugeras (qui s'affranchit de la règle de l'équivalence des mores et des syllabes) dont je retiens celui-ci qui me parle particulièrement : « un poème par jour / un message ami suffisent / à nourrir ma vie ». Et je n'aurai rien dit de Jean-Claude Walter dont j'ai chroniqué, il y a peu, Dans l'œil du dragon… Mais le lecteur pourra apprécier différemment les poèmes ici proposés…

La partie 4 « Chroniques » est, comme les précédentes, caractérisée par sa diversité. Qui se souvient encore du Grand Jeu ? Alain Fabre-Catalan propose sa vision des choses… La partie 5 « Notes de lecture » fait preuve d'une belle ouverture d'esprit tant au niveau des genres (roman, poésie, revue, anthologie poétique, livre d'art, essai…) qu'au niveau des éditeurs (Apogée, Arfuyen, Recours au Poème, L'Atelier contemporain, Andersen…) Gageons que cette livraison saura intéresser les lecteurs alsaciens par les langues dans lesquelles sont écrits poèmes ou articles, par l'accent mis sur la cathédrale de Strasbourg, mais aussi ceux d'autres régions françaises curieux de découvrir ce qui s'écrit en Alsace…

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Revue Alsacienne de Littérature n°122 - décembre 2014

Matthieu Baumier - Recours au Poème



La Revue Alsacienne de Littérature consacrait son numéro 122 aux « utopies ». La chose est devenue osée, en général et en poésie en particulier. Un sacré dossier ! Où l’on retrouvera, parmi d’autres, les voix de Pierre Dhainaut, Anne-Marie Soulier, Karlheinz Kluge, Jean-Claude Walter, Paul Schwartz, Michèle Finck, Claudine Bohi, Fabrice Farre, Eva-Maria Berg, Laurent Bayard, Françoise Urban-Menninger… poèmes et textes, le tout encadré par des œuvres de Lucia Reyes.

Dont, ceci de Paul Schwartz :

« il ne s’agit pas d’arriver mais de prendre le chemin
                  faute de la fin les moyens
                                                un point c’est tout »

Un très bel ensemble mêlant poèmes bilingues français/allemand, poèmes en français et poèmes en allemand, comme il est de tradition en ce lieu.

La partie « Voix multiples », environ la moitié du volume, donne à lire des auteurs et/ou poètes comme Régine Detambel, Martine Blanché, Daniel Martinez ou Samuel Dudouit. Viennent des essais dont le texte d’Alain Fabre-Catalan consacré à Georg Trakl, poète assurément trop peu lu aujourd’hui. Une revue à découvrir, vraiment, si ce n’est déjà fait.

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Revue Alsacienne de Littérature n°121 - juin 2014

Malika Hadji - Recours au Poème



La Revue Alsacienne de Littérature est une institution, en particulier dans le domaine de la poésie, et une institution de très haute tenue. Ce 121ème numéro (tout de même !) placé sous le signe du thème « commencer » ne déroge pas à la règle. Le dossier est l’une des 5 parties qui composent la revue, avec « Patrimoine », « Voix multiples », « Chroniques » et des notes de lecture. Mais le dossier, évidemment, en forme le cœur. On lira ici des voix diverses, qui souvent comptent dans le paysage poétique français et européen actuel (car la RaL est ouverte aux autres mondes que le nôtre et à toutes les langues, avec une présence forte de l’allemand, espace frontalier oblige) : Anne-Marie Soulier, Alain Fabre-Catalan, Dominique Deschênes, Eva-Maria Berg, Aline Martin, Wendelinus Wurth, Peter Landel, Danièle Faugeras, Jean-Claude Walter, Emma Guntz, Yves Rudio, Maryse Staiber, entre autres… Fortes et diverses, des voix qui le plus souvent viennent de loin.

Il en va de même dans le choix des voix multiples, avec par exemple des textes de Fernando Pinto do Amaral, Ivan de Monbrison, Jean-Paul Gunsett, Thomas Letouzé, Claudia Scherer, Ronald Euler, Jacques-Henri Caillaud, Helmut Pillau… Il nous semble utile en ce temps confus (que nos amis indiens considèrent parfois comme une fin de cycle – kali yuga) de citer la version française de ce beau poème de Matthieu Baumier, dédié à Rose Ausländer, accompagné dans les pages de la revue d’une superbe version allemande signée Eva-Maria Berg :

Je suis né
dans un pays de neiges
et de cendres

Pays où l’on n’arrive
Jamais.

Et que jamais,
on ne quitte ni ne connaît
Pays d’où personne ne vient,
le soleil croît
en larmes de cendres,
débris de neiges noircies
et d’âmes englouties
dans l’étincelle
des silences enfuis

Je suis né – ici,
ainsi que naît la peur.

La confusion des esprits, nos amis indiens disent que c’est à cela que l’on reconnaît ce qu’ils appellent kali yuga. Il y a beaucoup à saisir et appréhender au loin de la place Saint Sulpice. La multiplicité des voix et le refus de toute forme binaire de la pensée, cela répond à bien des égarements contemporains.

Chroniques et notes de lecture ferment les pages d’une revue que l’on a bonheur à lire.

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Revue Alsacienne de Littérature n°120 - décembre 2013

Sophie d'Alençon - Recours au Poème 



Le plus récent numéro de la Revue Alsacienne de Littérature s’intéresse à « l’invisible ». Voilà qui ne peut qu’attirer notre troisième œil, et donner envie d’aller voir ce qui se cache derrière le voile de la couverture… bleue ciel. D’autant que la RAL affiche le bel âge de trente ans. Ici, tout est symbole, pas de doute là-dessus. Le thème propose des textes nombreux et aux optiques diverses : Jacques Goorma (un texte et des poèmes), Alain Fabre-Catalan, Fabrice Farre, Alain Helissen, Karl-Heinz Kluge, Sylvie Le Scouarnec, Anne-Marie Soulier, Emma Guntz, Kza Han, Michèle Finck, Eva-Maria Berg, Yves-Jacques Bouin, Germain Roesz, Jean-Pierre Verheggen, Jean-Paul Gunsett, Françoise Urban-Menninger, Jean-Claude Walter, Maryse Staiber, Laurent Bayard, Martine Blanché, Taja Kramberger, Aline Martin, Gerda Mucker-Frimmel, Sylvie Durbec, Muriel Stuckel et Claudine Bohi. Cette simple énumération montre aisément la richesse et l’ampleur de cette recherche de l’invisible. Ainsi,

Sylvie Durbec :

Etoile filante
cette nuit
dans la fenêtre ouverte
Et alors ?
Rien.

Jacques Goorma :

Si le regard se retournait vers lui-même, comme pour aller boire à la source de tout ce qui apparaît, que verrait-il ? Rien. Car la lumière ne peut se voir elle-même.

Peu après, Alain Fabre-Catalan donne un appel « Pour une poétique de l’invisible ». Et Claudine Bohi, plus loin, pose que « le monde parfois / ne recommence pas ». Un fort et intéressant dossier thématique.

Comme à son habitude, la Revue Alsacienne de Littérature propose ensuite des Voix multiples de poètes et des chroniques. Rappelons que nombre de textes sont ici édités de façon bilingue.

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Revue Alsacienne de Littérature n°118 - décembre 2012

Veneranda Paladino - Reflets DNA



La livraison hivernale de la Revue Alsacienne de Littérature fait tomber les masques, en interroge dans son dossier thématique toutes les acceptions. Au chapitre Patrimoine, hommage y est rendu à André Weckmann. Des dessins originaux de Germain Roesz relèvent d’une tonalité particulière la lecture de ce numéro n°118.

Il ne faillit jamais au principe d’espérance. « Des repositionnements politiques et culturels affirmés par nos années soixante-dix, André Weckmannn fut l’un des premiers inspirateurs. Une autorité, un repère, en des mobilisations intellectuelles et militantes que la fin de cette décennie-ci ressuscite parfois beaucoup plus naïvement ». Plus de dix ans après publication, la réflexion d’Antoine Wicker, notre ancien collègue, journaliste fin connaisseur de la scène culturelle alsacienne, conserve toute sa pertinence. Et les écrivains qui, de part et d’autre du Rhin, rendent hommage à l’immense poète dans la Revue Alsacienne de Littérature, renvoient d’autres miroitements d’une œuvre à l’intense triphonie, fécondée par l’interaction entre les trois langues. Jean-Paul Sorg, Aline Martin, Claude Vancour, tous, saluent l’homme de la rencontre, la générosité, le chant profond qui résonne entre ses écrits à la stupéfiante diversité. Poèmes, romans, essais, nouvelles contes, pièces, parodies, allégories, etc. « Nous sommes encore très loin d’avoir pris la mesure de son œuvre », constate Jean-Paul Sorg. Claude Vancour se souvient du sourire du « toujours accueillant André », celui qui « était noir-blanc-bis, et disait l’amour en alsacien ».

« L’homme met toute une vie à retrouver son premier visage. D’ailleurs, le retrouve-t-il jamais ? » L’interrogation existentielle de Gaston-Paul Effa prolonge l’engagement du poète disparu. C’est l’une des passionnantes contributions au dossier consacré aux masques qu’introduit d’une précision étymologique Paul Schwartz – dans le vis-à-vis stimulant d’une aquarelle dessinée par Germain Roesz. Numérotés de I à V, ses masques figurent le renversement de nos perceptions. Et dynamisent la lecture de ce numéro 118 qui s’achève comme toujours, par des chroniques et notes, – retentissants échos de voix multiples.
DNA – Reflets 22.12.2012

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Revue Alsacienne de Littérature n°117 - juin 2012

Georges Cathalo - revue-texture.fr 



Cette solide revue bien implantée en Alsace mais ouverte à la diversité a été fondée en 1983 et poursuit sans tapage son chemin fertile. Elle est éditée par une dynamique association d’où l’on peut relever les noms de quelques poètes tels que Laurent Bayard, Jean-Claude Walter ou Jacques Goorma. La RAL propose de nombreux textes en version bilingue, alsacien et français, tout en diversifiant les approches de la création actuelle. Ainsi on peut y lire sous le chapeau « Cheminements » d’excellentes contributions de Pierre Dhainaut, Yves Leclair, Anne-Marie Soulier, Florence Trocmé ou Yves-Jacques Bouin. Sous l’intitulé « Voix Multiples », les nouvelles côtoient les poèmes avec des écrits de Jean-Paul Sorg, Michel Baglin ou Françoise Urban-Menninger. Avec la rubrique « Patrimoine », la RAL rappelle ses racines alsaciennes avec les poèmes bilingues de Paul-Georges Koch. En point d’orgue final, on trouvera quelques notes de lecture mais surtout le texte du discours sur la traduction qu’Yves Bonnefoy a prononcé fin 2011 à l’Université de Naples.

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Revue Alsacienne de Littérature n°113-114 - juin 2011

Françoise Urban-Menninger - e-litterature.net



Cette belle et luxueuse revue régionale a été créée en 1983 par Auguste Wackenheim, il l’a dirigée avec passion jusqu’en 1996, puis Adrien Finck a pris le relais dans le même esprit de 1997 à 2007, il a été suivi par Maryse Staiber, l’actuelle directrice de la publication.

Revue littéraire unique en son genre qui célèbre la "triphonie", terme cher à ses fondateurs, la revue Alsacienne de Littérature presque trentenaire, a ouvert largement ses pages aux auteurs contemporains de la région rhénane s’exprimant en français, en allemand ou en alsacien. Des écrivains tels que Jean-Claude Walter, Syvie Reff, Emma Guntz, Gaston Jung, André Weckmann, Albert Strickler, Gérard Pfister, Claudia Scherrer et bien d’autres ainsi que de nombreux plasticiens y ont trouvé une tribune de choix pour y publier poèmes, nouvelles et notes diverses.

Avec le numéro double 113-114, la revue prend un nouveau virage et confirme des options depuis longtemps pressenties. Autour de Maryse Staiber, Anne-Marie Soulier, Paul Schwartz, Jean-Claude Walter, Alain Fabre-Catalan, Jacques Goorma, Gaston Jung, Muriel Stuckel, tous écrivains et membres du comité de rédaction, ont élaboré une nouvelle formule de la revue.

Celle-ci paraîtra deux fois l’an, permettant ainsi la coexistence d’un dossier thématique tout en préservant une large place aux autres textes et plus particulièrement au volet intitulé "Patrimoine" qui contribuera à valoriser un fonds culturel parfois méconnu ou encore inédit.
D’emblée, le lecteur ne peut être que séduit par cette parution qui change également de forme. Le format, la couleur violine et la texture du papier suscitent la curiosité et génèrent une certaine gourmandise littéraire... Le thème "enfances" célèbre à merveille ce renouveau et les auteurs, Hanne Bramness, Sylvie Troxler-Lasseaux, Judith Chavanne, Ludovic Degroote..., apportent à ce numéro une fraîcheur qui fait dire à Anne-Marie Soulier dans sa présentation qu’ils "nous offrent, comme au creux de leurs mains, l’eau même où viennent s’abreuver les ruisseaux innombrables de l’enfance". Quant au volet "Patrimoine", il nous enchante avec une traduction française inédite du poème Worte de Jean Hans Harp et une prose récente Baba Schott d’André Weckmann.

A n’en pas douter, le pont symbolique, dessiné par Camille Claus, représenté sur la couverture, relie non seulement le passé au présent en préfigurant l’avenir mais invite également les auteurs des deux côtés du Rhin à édifier les pontons d’une littérature européenne, voire "extra-européenne", selon les termes de Maryse Staiber, notamment à travers la traduction. Le lecteur conquis n’a d’autre choix que de se laisser emporter d’une rive à l’autre au fil des mots et du temps qui passe en retenant ces quelques vers d’Alain Fabre-Catalan : "Errante et singulière, dans le courant qui s’en retourne, / aucune source ne tarit sur les brisées du vent".

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Revue Alsacienne de Littérature n°113-114 - juin 2011

Laurent Bayart – La revue Traversée


Exceptionnelle longévité pour cette publication littéraire triphonique (français, allemand et alsacien), fondée en 1983, qui sort ces temps-ci un copieux double numéro avec un nouveau profilé, maquettage audacieux et joliment réussi ! Changement de format et de look pour un nouveau départ avec, comme talisman de couverture, un « haïku dessiné » de l’artiste alsacien Camille Claus. Ce pont symbolique nous invite à relier les différentes expressions linguistiques de notre région, mais aussi d’assurer le dialogue avec les littératures européennes, notamment à travers la traduction insiste la directrice de la publication Maryse Staiber.

En préliminaire, on découvrira un long poème de Jean Arp mais aussi des extraits de « Langue de plaisir » d’un des fondateurs de la revue et de la thématique de la triphonie, Adrien Finck : elle n’est pas ma langue de travail, du discours de chaque jour. Le père du principe de réalité me permettra ce petit jeu : elle est ma langue de plaisir. Alors, jouons de cette langue. Qu’elle soit la langue de notre poésie.

Cet ample numéro de 144 pages se décline sur la thématique Enfances avec d’intéressantes contributions, rassemblées par Alain Fabre-Catalan et Anne-Marie Soulier. J’ai pour ma part été sensible à celle de Françoise Urban-Menninger « La limonade » où est narrée, avec délectation, l’artisanale fabrication du kéfir de fruits fermentés qui suscitait parfois de sacrées surprises : « Dans la chaleur de la nuit, plusieurs explosions réveillèrent la maisonnée en sursaut. Sous la pression des gaz produits par la fermentation excessive, les couvercles avaient sauté… »

Très beau et émouvant texte également que celui de Sylvie Troxler-Lasseaux, un rêve éveillé, durant lequel, l’espace d’un songe, les ombres disparues viennent se mélanger à la lumière des vivants pour de joyeuses retrouvailles : « Voilà enfin grand-mère ! On dirait Mary Poppins avec son chapeau blanc, son petit chignon dans la nuque, sa robe de velours blanc et son tablier en dentelles. » Et plus loin, cette tendre confidence d’un mort à sa fille : « C’est dur de grandir sans toi, papa. – Je sais, ma chérie. Sache que je serai toujours avec toi, où que tu sois… »

A signaler aussi cette prose de l’auteur roumain Elena Brandusa Steiciuc « Une enfance en Bucovine ». Bijou de récit littéraire dans lequel est décrite la petite ville du nord-est roumain des années soixante, siège d’un superbe monastère, Suceava. Des rues dont le macadam résonnait sous les sabots des chevaux… On y retrouve cette généreuse et sublime Roumanie où la poésie est quasiment partout présente : « Si tu veux que les enfants que tu auras restent en vie, donne-leur des noms de fleurs ! »

La Revue Alsacienne de Littérature poursuit ce singulier voyage dans les voix multiples d’une littérature qui s’habille chaque fois différemment, mais offre la diversité des rendez-vous et autres inspirations impromptues.

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Revue Alsacienne de Littérature n°111 et n°112 - 2010

Ariane Lüthi– CCP n°22 - octobre 2011









Le dossier du numéro du troisième trimestre 2010, « Seuils, passages, (dés)-enchantements », donne à lire des textes très divers de Patrick Werly, Florence Trocmé, Alain Fabre-Catalan ou André Ughetto, et plusieurs photos de Frédéric Soulier (à qui l'on doit la belle couverture et les illustrations intérieures). Le numéro suivant, consacré au thème « Ciels », au pluriel, est particulièrement réussi, avec des contributions de Jacques Goorma, Michèle Finck, Jean-Michel Maulpoix, ou encore Jean-Baptiste Para. « L’art de creuser d’une aile brisée », annonce l’éditorial de Muriel Stuckel : creusons, en lisant, les ciels de ces auteurs réunis.